49 ans d’indépendance de la RDC: l’ECC tire les leçons et ouvre les perspectives
Le Centre de Formation en Management et Développement Organisationnel (CEFORMAD) a, en collaboration avec la Coordination des Commissions Justice, Paix et Sauvegarde de la Création de l’ECC-MEU, organisé du 1er au 3 juillet 2009 au Centre Mgr Shaumba des journées de réflexion sur le thème : « 49 ans d’indépendance : l’ECC tire les leçons et ouvre les perspectives ».
Précédées le 29 juin par un culte d’actions de grâce célébré en la Cathédrale du Centenaire Protestant, ces journées ont connu la participation d’une cinquantaine de délégués représentant les commissions justice, paix et sauvegarde de la création des paroisses et communautés de l’ECC membres de la MEU ainsi que certains invités.
Trois temps forts ont marqué le culte du 29 juin : le mot de circonstance par Dr. Jean-Gottfried Mutombo, Coordonateur des Commissions Justice, Paix et Sauvegarde de la Création (ECC-MEU), la prédication par l’Evêque Marini, Président National de l’ECC et la présentation du programme par Mme Mavinga, Coordinatrice du CEFORMAD.
Prenant la parole, le premier intervenant a insisté sur le devoir de mémoire comme une des voies dans la construction d’un avenir meilleur de la RDC. S’appuyant sur l’adresse de Dieu au peuple d’Israël : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu » (Dt 5.15), Dr. Jean-Gottfried Mutombo a appelé le peuple congolais à prendre conscience qu’il a été indépendant depuis quarante-neuf ans ». A l’instar de l’Allemagne vis-à-vis de la Namibie et de la Tanzanie, la Belgique devra être amenée à réparer les tors causés au peuple congolais par les effets de la colonisation. Ce qui rendrait possible le vrai rendez-vous des peuples belges et congolais avec leur histoire commune en vue de la construction d’un avenir de confiance, de justice et de liberté. Don de Dieu, l’indépendance de la RDC a ouvert un espace de liberté que beaucoup de gens n’assument pas avec responsabilité et dont d’autres sont privés à cause de violations des droits de l’homme.
Mgr Marini a, dans sa prédication, interpellé le peuple congolais sur la nécessité de prendre conscience afin de sortir la RDC des crises multiformes qui handicapent son développement intégral. Intervenant la dernière, Mme Mavinga a annoncé le programme des journées de réflexion prévues du 1er au 3 juillet 09 qui seront précédées par une visite des sites historiques de la ville de Kinshasa et une exposition photo.
Une première dans l’histoire de l’Eglise du Christ au Congo, ces activités visaient la formation de la conscience historique de la population congolaise en général et des fidèles protestants en particulier. Mme Mavinga a dit à ce sujet : « l’histoire nous rattrape toujours, le regard tourné vers le passé permet de construire l’avenir ». « Cette histoire se trouve aussi dans la culture congolaise, riche par surcroît. Elle a besoin d’être valorisée et conservée. Car c’est là que se trouve le fondement d’un peuple » a-t-il poursuivi. Avec ces motivations, une visite des sites historiques a été effectuée la matinée du 1er juillet. Conduite par l’éminent Professeur Lumenganeso, Directeur Général des Archives nationales, cette visite a permis aux intéressés de découvrir les origines de la ville-capitale et siège des institutions ; d’associer les sites visités aux périphéries sociopolitiques et religieuses de la République Démocratique du Congo. Kinshasa constitue le centre de l’histoire de la RDC avant, pendant et après la colonisation. C’est le lieu où le 30 juin 1960, l’indépendance du pays fut proclamée. 49 ans après, la vie politique, sociale, économique, culturelle et religieuse d’un pays 80 fois plus grand que la Belgique et presque 7 fois plus grand que l’Allemagne est suspendue à la volonté de cette ville. Kinshasa a influencé en bien et en mal toutes les parties de la RDC. Seule une vraie décentralisation intégrale et intégrative pourrait conduire les populations à se prendre en charge et à gérer leur destin avec plus de responsabilité.

Cette visite a permis de situer le premier immeuble, le premier hôtel, la première banque, la première locomotive, la première cathédrale, le moteur du premier bateau ayant navigué sur le fleuve Congo, le première maison en dur, la première chapelle en dur, pour finir par visiter l’Institut des Musées nationaux sur le Mont-Ngaliema. Sur ce lieu, il a été découvert le bateau confié à M. Stanley par la Conférence géographique (1885) afin d’entreprendre sa mission exploratrice dans le bassin du Congo.

L’arrivée sur le Mont-Ngaliema a été un moment d’un sentiment mitigé.
On y découvert des bâtiments en état de délabrement avancé, presque abandonné, dans lequel étaient rangées les œuvres d’art, expression du génie artistiques de la mosaïque des populations congolaises, pendant que le monument de Stanley couchait à même le sol abandonné comme l’est le bateau qui l’amena à Kinshasa, rongé non seulement par les années, mais surtout par la rouille.

Un moment pénible qui a été vécu dans l’amertume en voyant comment la mémoire congolaise est sacrifiée sur l’autel des antivaleurs que sont la corruption, la cupidité, la culture de la table rase et de l’éternel recommencement. La correction passait donc par l’interrogation du passé collectif afin d’y reconnaître les erreurs et les corriger, identifier les repères et découvrir les modèles (références) pour les générations actuelles et à venir ont besoin afin de construire un lendemain radieux.
Cet objectif a conduit, grâce aux Archives nationales, à exposer les photos des dirigeants du pays de l’indépendance à nos jours, notamment les 4 présidents de la République (Joseph Kasa-Vubu, Joseph-Désiré Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila), les Premiers Ministres, les Présidents de l’Assemblée Nationale, …. Il fallait non seulement les connaître, mais aussi se faire une idée sur ce qu’ils ont été, comment ont-ils géré le pays, quelle image inspirent-ils actuellement dans la conscience collective congolaise ?
La formation de cette conscience critique et constructive appartient à la mission de l’Eglise du Christ au Congo. Cette tâche noble s’appuie sur les écritures. D’où la nécessité de trouver les fondements théologiques de la réflexion sur les 49 ans d’indépendance de la RDC.
Le Prof. Meme Monger s’y est attelé. En spécialiste d’Ancien Testament, il a démontré en quoi le chiffre 49 = 7 x 7 était le symbole de la satisfaction, de l’abondance, du repos… A la lumière de Lev. 25, le chiffre 49 est lié à la 7ème année sabbatique qui précède la 50ème, l’année jubilaire. Pour l’orateur, la célébration de ces années vise à combattre le péché de l’oubli, à rendre actuelle la libération divine, libération qui signifie fin de la servitude, de l’oppression et de l’aliénation, moment du pardon et de la remise de la dette, bref jouissance du bien-être. C’est donc l’avènement d’un temps de renouveau, l’inauguration d’une ère qui vise la restructuration d’une société des inégalités pour en faire un système qui garantit la justice et la paix.
L’Eglise du Christ au Congo implantée depuis 1878, à la suite de l’œuvre missionnaire protestante, s’est toujours engagée pour la dignité humaine et le règne de justice et de paix. Le Prof Munayi Muntu Monji a défini ce rôle d’une Eglise qui a lutté contre les violations des droits humains et pour la formation intellectuelle de la population, sans oublier la promotion du bien-être social de tous. Il n’a pas hésité au regard des ratés dans la gestion du pays à affirmer que « sans l’Eglise, le Congo ne serait rien ».

La gestion politique chaotique du pays ayant produit la misère et toutes sortes de maux a engendré l’éclosion des antivaleurs. Ce constat amer a été exprimé par Me Hubert Efole, ancien ministre et actuel Secrétaire Général du Rassemblement Congolais pour Démocratie (RCD). En tant que jeune acteur politique né après l’indépendance, il a comparé le Congo à une machine dont le moteur s’était arrêté le 30 juin 1960. L’orateur a attribué cette situation à la crise de conscience collective et à l’irresponsabilité politique. Il s’est étonné de voir, par exemple, comment les détourneurs des fonds publics sont vantés, alors qu’ils devraient être désavoués par la société. C’est pourquoi, il a invité les jeunes à un éveil de conscience, à ne pas laisser leur destin entre les mains de n’importe qui, mais plutôt à gérer leur vie avec plus de responsabilité en vue de leur bonheur.
L’Eglise du Christ au Congo à travers ces journées s’est rendue compte que l’indépendance n’a pas apporté le bien-être à toutes et à tous. Aussi, les participants ont-ils recommandé :
a) à l’Eglise d’encourager et de sensibiliser tous les chrétiens autour du message tiré de Deutéronome 6.20-25 ; parler des richesses de la RDC ; enseigner l’éducation civique et politique ; réorganiser et redynamiser l’école de dimanche en faveur des enfants conformément à la vision tête-âme et main.
b) aux parents d’être des modèles vivants de la loyauté, de la justice et de la culture par l’instauration du culte familiale et le dialogue permanent avec les enfants. L’école est tenue à instruire et à éduquer scientifiquement, moralement et spirituellement les enfants et surtout leur inculquer la notion de l’utilité et de la noblesse d’un travail bien fait.
c) à l’Etat congolais de créer les conditions de vie qui permettent à la famille de jouer pleinement le rôle de cellule de base de la société. Puissent en outre les programmes d’histoire et d’éducation civique mettre un accent particulier sur les grands événements de l’histoire de la RDC.

Etant donné qu’il n’y a pas 49 sans 50, les participants ont invité le Centre de Formation en Management et Développement organisationnel ainsi que la Coordination des Commissions Justice, Paix et Sauvegarde de la Création de l’ECC-MEU d’assurer le suivi de toutes les recommandations et de préparer des activités en rapport avec le jubilé 2010. Mgr Nathalis Songo, 1er Vice-Président National de l’ECC, représentant l’Evêque Marini, Président National de l’ECC, a assuré l’appui de l’ECC dans l’application de ces recommandations avant de remercier l’EED et la MEU pour leur soutien financier dans l’organisation de ces journées de réflexion.
Rév. Dr Jean-Gottfried Mutombo
|